OIM CamerounCameroun :

Migration au Cameroun: Profil national 2009

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Nombre de pages : 128
Format : Softcover
ISBN: 978-92-9068-567-8
Language de Publication: French
Année de Publication: 2010

Au Cameroun, les flux migratoires actuels se traduisent, d’une part, par un mouvement général des campagnes vers les villes et, d’autre part, par une tendance à l’émigration vers l’Europe, en particulier vers la France.

Grâce à son potentiel socio-économique et à sa relative stabilité politique, le pays s’est avéré une zone de destination des flux migratoires. Néanmoins, il perd actuellement de son attractivité. La migration paraît relativement équilibrée au Cameroun, comme en attestent les chiffres de la division de la population des Nations Unies : sur la période 1995-2000, le taux net de migration (pour 1000 personnes) était nul, et de -0,1 sur la période 2000-2005. Pour la période 2005- 2010 il est estimé à -0,2 et à -0,1 pour 2010-2015 (DPNU, 2008).

L’immigration au Cameroun

Alors que l’immigration au Cameroun était en augmentation dans les années 1970-1980 (143 611 immigrants en 1976 et 257 689 en 1987), elle est en constante diminution depuis lors. Le nombre d’immigrants s’élevait à 228 383 personnes en 2000, à 211 880 en 2005 et des estimations fixent à 196 570 le nombre d’immigrants en 2010 (DPNU, 2009). Le Cameroun semble donc perdre progressivement de son attractivité.

En 2007, les immigrants proviennent essentiellement des pays limitrophes : Nigeria, Tchad, Guinée Equatoriale, République centrafricaine (DRC, 2007).

Il est difficile d’obtenir davantage de précisions quant aux types d’immigrants en raison de l’absence de données précises en la matière. L’importance de l’économie informelle ne permet pas une gestion efficace des travailleurs migrants, rendant impossible l’évaluation de leur nombre et de leurs caractéristiques. Le manque de données est d’autant plus important que les différentes enquêtes menées auprès des ménages (ECAM I et II) en 1996 et 2001, n’ont pas abordé la question des migrations. On attend toujours à l’heure actuelle les résultats du dernier recensement (2004), censés fournir des indications précises.

On dispose cependant d’informations quant à la présence de réfugiés et de demandeurs d’asile au Cameroun. De par sa position géographique (pays limitrophe avec presque tous les pays de la sous-région) et sa stabilité politique, le Cameroun s’avère une destination privilégiée pour de nombreuses personnes, fuyant les guerres dans leur pays d’origine ou de résidence. Les réfugiés présents au Cameroun en 2006 et 2007 étaient principalement originaires du Tchad (40 500), de la République centrafricaine (24 000) et du Nigeria (3 000). Le nombre 16 Migration au Cameroun : Profil National 2009 total des réfugiés et demandeurs d’asile s’élevait à 71 200 individus en 2007, contre 58 800 en 2006 (USCRI, 2008 ; Ndione et Pabanel, 2007). Par ailleurs, les données du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en 2008, font état de 81 037 réfugiés et de 2 231 demandeurs d’asile (HCR, 2009). Cette importante variation s’explique par la situation de conflit au Tchad et en République centrafricaine.

L’émigration camerounaise

Le nombre d’émigrés camerounais en 2007 était de 170 363. La France est le pays privilégié de destination des migrants camerounais, au nombre de 38 530, suivi par le Gabon (30 216), le Nigeria (16 980) et les Etats-Unis (12 835) (DRC, 2007).

D’après les données partielles compilées par la Direction des affaires africaines du Ministère camerounais des relations extérieures, de 250 000 à 300 000 Camerounais vivaient dans les pays du golfe de Guinée entre 2000 et 2004, principalement en raison d’une aire ethnique et géographique commune (Chouala, 2004).

La plupart d’entre eux sont des migrants de longue durée, 40 % demeurant plus de 10 ans dans leur pays d’émigration et 16 % sur une période de 5 à 10 ans (OCDE, 2008b).

Par rapport aux autres pays de la sous-région d’Afrique centrale sujets à des troubles (Tchad, Centrafrique, RDC), les réfugiés de nationalité camerounaise sont peu nombreux : 11 833 personnes en 2007. Concernant les demandes d’asile, après avoir atteint un pic en 2003, avec 6 289 demandes, leur nombre a progressivement diminué au cours des années suivantes. On ne comptait plus que 2 933 demandes en 2008, effectuées principalement en Europe (Allemagne, France, Belgique, Pays-Bas, Suisse) (HCR, 2009).

L’émigration camerounaise hautement qualifiée est importante : en 2000, 17 % de la population camerounaise ayant un niveau d’enseignement supérieur a émigré (Docquier et Marfouk, 2005). Sur la période 1995-2005, 46 % des médecins et 19 % des infirmiers camerounais ont émigré dans des pays sélectionnés (Clemens et Pettersson, 2007). Selon l’Ordre des médecins du Cameroun, 4 200 médecins camerounais, en majorité des spécialistes, exercent à l’étranger. Sur place, il en reste seulement 800, ce qui revient à 1 seul médecin pour 10 000 à 20 000 habitants dans les villes, et 1 pour 40 000 à 50 000 dans les zones défavorisées. 20 000 infirmiers et médecins africains émigreraient ainsi vers les pays du Nord, chaque année (Pigeaud, 2007).

Les facteurs conduisant à la migration

La migration au Cameroun s’explique par plusieurs facteurs. Ces derniers ont un effet dissuasif sur les immigrants potentiels. Ils provoquent par conséquent une diminution des flux migratoires vers le Cameroun, et suscitent même le départ des Camerounais. En effet, le Cameroun, comme la plupart des pays en développement, connaît depuis le milieu des années 1980 des difficultés en raison de la pauvreté, de la crise économique, de la croissance démographique galopante, du poids de la dette extérieure, de l’urbanisation mal maîtrisée des villes, et des politiques d’ajustement rarement en adéquation avec la réalité nationale. L’analyse des indicateurs de pauvreté révèle que l’incidence sur la population était encore de 55 % en 2007, ce qui est loin de l’objectif de 25 % à atteindre par l’Etat d’ici 2015 (INS, ECAM III, 2007).

Le Cameroun a un développement humain moyen, avec un IDH variant entre 0,500 et 0,779 (PNUD, 2004 et 2006).

Ainsi s’expliquent les nouvelles tendances migratoires des populations des campagnes vers les villes, puis des villes vers les pays de la sous-région et enfin vers d’autres continents, principalement l’Europe, aspirant en tout premier lieu à améliorer leurs conditions de vie.

Les conséquences des migrations sur la société camerounaise

Les migrations ont un impact sur l’économie nationale. En effet, les transferts de fonds effectués par les émigrés camerounais permettent notamment de lutter contre la pauvreté.

Selon la Banque mondiale, le montant des envois des migrants camerounais était évalué à 103 millions dollars E.-U. en 2005, soit 2,5 % de l’Aide publique au développement (APD). Le montant des fonds transférés est en constante augmentation, passant de 11 millions de dollars E.-U. en 2000, à 103 millions en 2004 et 167 millions en 2008. Ce montant représente 0,8 % du PIB en 2008 (Banque mondiale, 2009).

Les transferts d’argent visent le plus souvent la prise en charge des frais médicaux et de scolarisation, le paiement du loyer ou encore l’achat de biens de consommation.

Ces transferts stimulent l’activité économique du pays en se substituant aux crédits et autres modes de financement. Ils permettent d’initier des projets et autres activités génératrices de revenus. Les envois de fonds réduisent considérablement la perte de devise, causée par les déficits de la balance des paiement;

La migration camerounaise a également un impact sur le marché du travail. L’augmentation des transferts de fonds a entraîné l’expansion du système bancaire et donc une multiplication des banques et des compagnies de transfert, générant ainsi la création de milliers d’emplois. Ainsi, la compagnie financière Express union compte plus de 200 agences à travers le pays et dans la sousrégion. Depuis sa création il y a une dizaine d’années, elle a généré près de 5 020 emplois (Entretien avec un employé d’Express Union, 2008).

A contrario, l’émigration engendre également une fuite des cerveaux. D’après les statistiques de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), en 2005, on comptait 57 050 migrants internationaux d’origine camerounaise dans les pays occidentaux, dont 42,3 % étaient hautement qualifiés. Ce phénomène touche particulièrement les médecins et les universitaires.

Le cadre politique et les défis de la gestion des migrations

Le cadre politique de gestion des migrations existant au Cameroun fait l’objet d’une révision depuis 2008. Ces modifications concernent principalement les politiques sécuritaires, les transferts de fonds des migrants, les questions liées à la diaspora (transfert des compétences), les politiques de retour, la fuite des cerveaux, et le phénomène de migration irrégulière.

La loi la plus récente de ce cadre, qui porte pour l’essentiel sur la régulation des flux migratoires, est la loi n° 97/012 du 10 janvier 1997. Elle fixe les conditions d’entrée, de séjour et de sortie des étrangers au Cameroun (Sindjoun, 2004).

La priorité, tant au niveau de la nouvelle politique migratoire nationale qu’à celui des programmes en cours d’élaboration, est le soutien au co-développement. Le Cameroun mise donc sur la diaspora et sa capacité d’investissement humain et financier pour le développement du pays. On remarque ainsi la mise en place de mesures incitatives, bien que les programmes visant à mobiliser la diaspora camerounaise n’en soient qu’à leurs premiers balbutiements.

A ce jour, de nombreuses lacunes et incohérences nuisent à l’application des décisions prises par le Cameroun dans le cadre de la régulation des flux migratoires. Le cadre d’action des autorités se trouve ainsi amenuisé au profit de stratégies individuelles, qui permettent aux migrants clandestins de se déplacer plus facilement à l’intérieur de l’espace national, délimité de surcroît par des frontières aux contours flous et particulièrement poreuses (Mbogning, 2004).

Les principaux éléments à l’origine de ce phénomène sont les suivants:

- Une politique trop focalisée sur les aspects sécuritaires. De manière croissante, de nouveaux types de problèmes surgissent, nécessitant des solutions concernant notamment l’emploi, le développement et la santé. Dans sa nouvelle approche, la politique migratoire prévoit, outre les problèmes sécuritaires, la prise en compte des aspects liés au développement, à la diaspora, aux transferts de fonds, à l’emploi des jeunes, à la fuite des cerveaux ou encore au co-développement.

- L’individualisme administratif caractérisant la fonction publique camerounaise et le manque de coordination rigoureuse. Il est cependant à noter que le Cameroun dispose d’un groupe de travail interministériel sur les questions de migration et de développement. S’agissant d’une thématique transversale, divers ministères camerounais sont présents au sein de ce comité. Chaque département ministériel est chargé d’identifier des thèmes portant sur la migration et de transmettre sa contribution au Ministère des Relations extérieures (MINREX), chargé, quant à lui, de rédiger le nouveau cadre de la politique migratoire du pays. Cependant, le système camerounais pâtit du peu de réunions ministérielles et séances de travail interministérielles, ainsi que de l’absence de comités interministériels permanents, relatifs à la régulation des flux migratoires (Mbogning, 2004).

- L’insuffisance des ressources mobilisées. En effet, le pays ne dispose pas de moyens suffisants pour permettre une étroite surveillance des frontières.

Les lacunes statistiques

La collecte des données nécessaires à l’élaboration de ce profil s’est avérée difficile, en raison de l’absence de nombreuses données ou de leur caducité, ainsi que du manque de précision et de ventilation. La différence de définition et de champs de calcul, d’une étude à l’autre, a révélé un manque de concordance des statistiques entre les différentes sources, concernant la même information. La confidentialité de certaines données ou leur indisponibilité a également posé problème.

Il s’avère nécessaire de mettre en place davantage d’études, afin d’accroître les informations, d’informatiser leur collecte, et de systématiser le traitement des données.

Seule une meilleure compréhension, alliée à une volonté politique, permettra de surmonter ces obstacles, de faciliter les recherches et de mettre en place des solutions efficaces.