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Migration au Sénégal: Profil National 2009

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Nombre de pages : 148
Format : Softcover
ISBN: 978-92-9068-564-7
Language de Publication: French
Année de Publication: 2009

 Historiquement pays principalement d’immigration de la sous-région ouest-africaine, le Sénégal est devenu un pays d’émigration en raison des conditions de vie de plus en plus difficiles et du succès des premiers émigrants sénégalais dans des pays africains ayant davantage de potentiel, ainsi qu’en
Europe et en Amérique.

L’immigration, bien que moins importante, subsiste mais est devenue principalement une migration de transit. En effet, en raison de sa position géographique, les candidats à l’émigration, d’Afrique de l’Ouest en particulier, transitent par le Sénégal pour se rendre plus au nord, dans les pays du Maghreb, ou pour emprunter les voies maritimes et aériennes vers l’Occident.

Selon la Division de la population des Nations Unies (DPNU), le taux net de migration pour 1 000 personnes était négatif sur la période 1995-2000 (-2,2) et 2000-2005 (-1,9). Les estimations pour 2005-2010 semblent confirmer cette décroissance avec un taux, toujours négatif, de -1,7 (DPNU, 2008).

L’immigration au Sénégal

En 2001, le stock d’immigrants était de 126 204 personnes, soit 1,2 % de la population totale (ESAM II, 2001) et de 220 208 personnes en 2005, soit 2 % de la population totale (DPNU, 2009).

Les immigrants sont issus principalement de la Guinée (39 %), de la Mauritanie (15 %), de la Guinée-Bissau (11 %), du Mali (8 %), de la France (8 %), du Cap-Vert (4 %), de la Gambie (3 %), du Maroc (2 %) et du Burkina Faso (1 %) (DRC, 2007).

Le regroupement familial apparaissait comme l’une des raisons principales en 2001 puisque 51,4 % des immigrés justifiaient leur venue par des raisons familiales (ANSD, 2004).

Selon l’Enquête sénégalaise auprès des ménages (ESAM II) de 2001, environ un tiers des étrangers au Sénégal, soit 31,8 %, ont immigré pour des raisons liées au travail ou économiques. Parmi les 86 688 étrangers en âge de travailler sur 126 054 au total en 2001, c’est-à-dire les personnes âgées de 15 à 64 ans, ce sont 55,9 % qui ont déclaré avoir une occupation et 11,2 % étaient à la recherche d’un emploi (ANSD, 2004). Lors de l’ESAM II de 2001, on estimait que 34,2 % étaient occupés dans le commerce ; 26,4 % dans l’agriculture et 15,4 % dans la production et la transformation ; 55,5 % n’avaient aucun niveau d’éducation.

L’émigration sénégalaise

Selon des données disponibles auprès du Centre DRC sur la migration, la globalisation et la pauvreté (basées sur les données des recensements sur la période 1995-2005), le stock des émigrants sénégalais est évalué à 479 515. Les principales destinations sont la Gambie (20 %), la France (18 %), l’Italie (10 %), la Mauritanie (8 %), l’Allemagne (5 %) et le Ghana (5 %) (DRC, 2007).

Selon l’ESAM II de 2001, 68 % des émigrants avaient un âge compris entre 15 et 34 ans ; 94 % étaient des émigrants actifs d’âge compris entre 15 et 54 ans.

En 2000, ils étaient près de 68 % à migrer à la recherche d’un meilleur ou d’un nouvel emploi, notamment pour des travailleurs qualifiés qui représentaient 24,1 % du stock d’émigrés à l’étranger (Dia, 2006). Pour la même année, 17,7 % de la population ayant un niveau d’enseignement supérieur a émigré (Docquier et Marfouk, 2005). La fuite des cerveaux semble être confirmée par les chiffres de Clemens et Petterson (2007) : 51 % des médecins sénégalais et 27 % des infirmières ont émigrés sur la période 1995-2005, principalement en France.

Depuis les années 1980, le conflit casamançais a engendré de nombreux déplacés internes et des milliers de réfugiés sénégalais, vers la Gambie et la Guinée-Bissau en particulier. Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), l’effectif des réfugiés d’origine sénégalaise a pratiquement doublé entre 2005 et 2006 : il est passé de 8 671 réfugiés en 2005 à 15 163 en 2006. En 2007, les réfugiés étaient au nombre de 15 896 personnes dont près de 95 % étaient en Gambie et Guinée-Bissau (HCR, 2008). Depuis fin 2004, un cessez-le-feu est instauré entre l’Etat et les forces rebelles indépendantistes du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) pour laisser place à des négociations pour la paix. Des conflits sporadiques ont tout de même eu lieu, maintenant la région de la Casamance dans une situation d’insécurité permanente pour les populations civiles.

Les facteurs conduisant à la migration

La pauvreté individuelle, calculée sur la base d’une ligne de pauvreté correspondant à une consommation de 2 400 calories par personnes et par jour, a diminué selon l’ESAM II, passant de 67 % en 1995 à 57 % en 2001 (ANSD, 2004) et à 50,6 % en 2005 (MEF, 2007c). Mais selon une enquête sur la perception de la pauvreté au Sénégal (EPPS) réalisée en 2001 et portant sur le même échantillon
que celui de l’ESAM II, 66 % des ménages s’estimaient pauvres (ANSD, 2002).

Les changements climatiques et la détérioration de l’environnement (progression de la désertification et problèmes pluviométriques) entrainent une diminution des rendements agricoles. L’exode rural s’accroit donc car il est de plus en plus difficile de vivre de l’agriculture. De plus, il y a un manque d’infrastructures administratives, sanitaires et culturelles en milieu rural.

On assiste donc à une urbanisation croissante, avec un taux d’urbanisation de 39 % en 1988 (ANSD, 1993) et de 40,7 % en 2001 (ANSD, 2004). Les villes concentrant une large part de la population active, le taux de chômage en milieu urbain était de 17,1 % en 2002 et de 9,8 % en milieu rural (ANSD, 2006). Ce chômage touche particulièrement les jeunes de moins de 35 ans pour lesquels le taux de chômage atteint les 30 % (Banque mondiale, 2007).

En raison de cette situation et afin de trouver de meilleures conditions de vie, les populations sont tentées de poursuivre l’aventure vers des pays plus riches, où d’autres Sénégalais ont pu, par la même voie, subvenir aux besoins de leur famille et ont pu investir dans l’immobilier et le commerce.

On remarque à travers les statistiques que l’émigration est souvent une stratégie communautaire de survie. Ainsi, dans deux cas sur cinq, la décision d’émigrer est prise par le chef de ménage, par une concertation des parties, par des proches parents hors du ménage, par une personne à l’extérieur du pays ou par un employeur, qui supporte presque toujours (à 93 %) les frais de voyage (ANSD, 2004).
 

Hormis ces considérations économiques, le conflit en Casamance a également engendré de nombreux déplacés internes et des milliers de réfugiés sénégalais. Des conflits sporadiques continuent d’avoir lieu, maintenant la région dans une situation d’insécurité, empêchant le retour de ces personnes.

Les conséquences des migrations sur la société sénégalaise

Les transferts de fonds de la part des émigrants sénégalais contribuent beaucoup aux revenus dans les ménages qui ont un expatrié. Les fonds reçus de l’extérieur sont à l’origine d’une hausse du revenu par tête des sénégalais de près de 60 % par rapport aux ménages ne recevant pas d’argent de l’étranger (Diagne et Diane, 2008). Selon des entretiens réalisés auprès des personnes ressources de certaines banques et structures financières dans la région de Dakar par le bureau de Dakar de l’OIM, près de 50 % des envois finiraient dans la consommation courante, contre 25 % pour l’épargne de précaution, 20 % pour l’investissement immobilier et moins de 5 % seulement pour l’investissementproductif (OIM, 2007). Le revers de l’émigration est le fait qu’elle prive le Sénégal de ressources humaines qui auraient pu contribuer à son développement. En effet, les émigrants ayant une occupation avant le départ ont représenté près de 46 % des émigrants, tandis que les chômeurs représentaient 29 % entre 1997 et 2001. De plus, 68 % des émigrants étaient âgés de 15 à 34 ans (ANSD, 2004). 17,7 % des diplômés de l’enseignement supérieur avaient émigré en 2000 (Docquier et Marfouk, 2005). Sur la période 1995-2005, on comptait aussi 678 médecins émigrés, soit 51 % des médecins formés dans ce pays, et 695 infirmiers soit 27 % des infirmiers formés dans ce pays (Clemens and Pettersson, 2007).

Le cadre politique et les défis de la gestion des migrations

Malgré l’ampleur des flux migratoires réguliers et irréguliers, le Sénégal ne dispose ni d’une politique migratoire formelle, ni d’une structure dédiée au problème migratoire qui déciderait et mettrait en oeuvre la politique nationale en matière de migration. La gestion de la migration est assurée par divers ministères et acteurs du développement, menant des actions individuelles relatives à leurs mandats. L’absence de coordination dans la gestion des migrations crée une confusion dans les axes d’intervention des acteurs. Cependant, certaines actions ont été entreprises :

En matière de gestion de la migration légale, des accords de gestion concertée de la migration avec la France, l’Espagne et l’Italie ont été adoptés en 2006 et 2007. Ces accords traitent la migration dans toutes ses dimensions : la migration régulière ou légale ; l’immigration irrégulière ou illégale ; et la migration de développement ou le co-développement.

En matière de lutte contre la migration clandestine, le gouvernement du Sénégal tente de coordonner et promeut les initiatives pour l’emploi des jeunes et des femmes, afin d’accroître leur activité et leurs revenus dans le but de restreindre l’attrait de l’émigration. Les 5 programmes qui sont perçus comme les principaux modes d’intervention du gouvernement sénégalais sont les suivants : (i) le Fonds national d’actions pour l’emploi (FNAE) ; (ii) le Fonds national de promotion de la jeunesse (FNPJ) ; (iii) L’Agence d’exécutiondes travaux d’intérêt public (AGETIP) ; (iv) le Projet de promotion des microentreprises rurales (PROMER) ; (v) et le service de la main d’oeuvre au sein de la Direction de l’emploi.

Le gouvernement sénégalais cherche également à intégrer la problématique de la migration dans les plans de développement. Ainsi, le document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP 2006-2010) envisage diverses stratégies en lien avec la migration : promotion de l’emploi par l’implication des émigrés dans le développement des localités ; assurer une meilleure gestion de la main d’oeuvre ; mettre en place un système performant de gestion et de suivi de la population sénégalaise vivant à l’étranger ; renforcer les programmes d’insertion sociale et économique des jeunes ; promouvoir la réinsertion et la réintégration des rapatriés et des personnes déplacées ; améliorer les stratégies de gestion des réfugiés.

Le gouvernement du Sénégal, avec l’appui de partenaires nationaux et internationaux, a mis en place trois programmes qui oeuvrent à la valorisation de l’expertise sénégalaise émigrée, dans une perspective de développement du Sénégal. Ces programmes sont le programme Migrations pour le développement en Afrique (MIDA-Sénégal), en partenariat avec l’OIM ; le projet « Transfer of knowledge Through Expatriate Nationals » (TOKTEN), en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ; et l’Initiative de co-développement (par la Présidence du Sénégal).

Les lacunes statistiques

Les données sont difficilement accessibles au Sénégal car les sources administratives ne sont pas souvent opérationnelles. Elles existent mais ne sont pas couramment utilisées pour produire des données statistiques, notamment en raison du manque de ressources matérielles et humaines afin d’exploiter les informations recueillies. De plus, certaines sont inaccessibles car jugées confidentielles.

Les données sont irrégulières, fournies de façon sporadique, car dérivées d’enquêtes ad hoc auprès des ménages et de recensements de la population. De plus, ces enquêtes et recensements ne couvrent que partiellement les préoccupations sur les migrations, et restent très généralisés, n’étant pas orientés exclusivement sur cette thématique.

Des écarts existent entre données portant sur le même sujet selon la source, en raison de différences de définitions et de méthodes de calcul.

Une initiative allant dans le sens d’une amélioration des données destinées aux programmes de développement est en cours de mise en oeuvre. Il s’agit du programme de mise en oeuvre du Schéma directeur de la statistique du Sénégal (SDS 2008-2013). Le programme d’activité du SDS 2008-2013 réunit les projets d’enquêtes, les recensements de la population et de l’habitat, les études de réorganisation et de restructuration des composantes statistiques. Parmi ces activités figurent des projets qui permettraient de contribuer à une meilleure visibilité de la gestion des migrations au niveau national.



Number of pages : 148
Format : Softcover 

Reference Number: 978-92-9068-564-7
Language of Publication: French
Year of Publication: 2009