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Migration in Nigeria: A Country Profile 2009

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Nombre de pages : 121
Format : Softcover
ISBN: 978-92-9068-569-2
Language de Publication: English
Année de Publication: 2009

Le Nigéria est un important pays de destination pour les migrants en Afrique de l’Ouest. Selon les derniers chiffres, le nombre d’immigrants résidant dans ce pays a plus que doublé au cours des dernières décennies, passant de 477 135 en 1991 à 971 450 en 2005 (Commission nationale pour la population (NPC), 1991), et devrait atteindre 1,1 million en 2010 (PNUD, 2009). Cependant, les immigrants ne constituent que 0,7% de l’ensemble de la population.

La majorité des immigrants au Nigéria (74 %) sont originaires des pays voisins de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et plus particulièrement du Bénin (29%), du Ghana (22%) et du Mali (16%) (DRC, 2007). Les données de la CEDEAO relatives aux permis de séjour font apparaître que la part de résidents provenant de la CEDEAO a considérablement augmenté ces dix dernières années, passant de 63 % en 2001 à 97 % en 2005 (CEDEAO, 2006).

Les réfugiés, qui sont principalement des Libériens, ne représentent qu’une fraction minime de la population totale d’immigrants (0,9 % en 2007). La plupart des demandeurs d’asile sont originaires de la région des Grands Lacs (65%) (NCFR, 2008).

Le nombre d’étrangers parmi les victimes de la traite signalées ces quatre dernières années est relativement faible (2 537) (NAPTIP, 2009).

Le Nigéria est aussi un pays de destination pour les migrants hautement qualifiés. Selon les dernières données, les immigrants occupent surtout des fonctions comme celles de directeurs généraux (2,73%), dirigeants d’entreprises (0,89%), ou physiciens, mathématiciens et ingénieurs (0,43%), et sont moins présents dans les emplois administratifs, par exemple dans le secteur des services à la clientèle (0,21%), ou manuels. La plupart des immigrants de la catégorie des cadres, techniciens ou professions apparentées sont originaires d’Europe (47,37%), tandis que la majorité de ceux qui occupent des emplois de bureau viennent des pays voisins de la CEDEAO (42,84%) (Office national de la main d’oeuvre, 2004).

L’émigration nigériane

Bien que le Nigéria soit, traditionnellement, un important pays de destination pour les migrants de la région, le nombre d’émigrants au Nigéria est supérieur au nombre d’immigrants. Le taux net de migration (pour 1 000 personnes), qui était déjà négatif, est passé de -0,2 en 2000 à -0,3 en 2005. Cette tendance devrait se poursuivre. Selon des estimations récentes, le taux net de migration atteindra -0,4 en 2010 (PNUD, 2009).

S’appuyant sur le recensement effectué en 2000, le Centre de recherche en développement sur la migration, la mondialisation et la pauvreté (DRC) a estimé que 1 041 284 ressortissants nigérians vivent à l’étranger (DRC, 2007), principalement au Soudan (24%), aux Etats-Unis (14%) ou au Royaume-Uni (9%). De nombreux émigrants nigérians s’installent au Cameroun voisin (8%) ou au Ghana (5%).

Bien qu’il soit difficile d’obtenir des informations sur le niveau de compétence des émigrants, certaines données portent à croire que la tendance à émigrer est particulièrement élevée parmi les personnes hautement qualifiées. Selon les dernières estimations (2000), 10,7 % de la population hautement qualifiée formée au Nigéria travaille à l’étranger, généralement dans les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Aux Etats-Unis et en Europe, 83 % et 46 %, respectivement, des immigrants nigérians sont hautement qualifiés. En moyenne, 64 % des émigrants nigérians sont diplômés de l’enseignement supérieur (Docquier et Marfouk, 2006). Dans le secteur médical, 14 % des médecins formés au Nigeria travaillent à l’étranger, dont 90 % vivent et travaillent aux Etats-Unis et au Royaume-Uni (Clemens et Pettersson, 2007).

Dans les pays de l’OCDE, il semble que les Nigérians travaillent principalement dans le secteur de la santé (21%), puis dans les secteurs de l’immobilier et du commerce de gros (12% pour ces deux secteurs).

Le nombre de Nigérians qui émigrent aux fins d’études a fortement augmenté. Entre 2000 et 2006, le nombre d’étudiants nigérians à l’étranger a plus que doublé, passant de 10 000 à 22 000 (UNESCO, 2008). La majorité d’entre eux (environ 6 000) étudient dans des universités aux Etats-Unis. S’appuyant sur les taux de croissance de la migration estudiantine par le passé, certaines études estiment que le nombre d’étudiants nigérians au Royaume-Uni pourrait augmenter de 2 700 en 2007 à 30 000 en 2030 (Economist Intelligence Unit, 2009).

Selon les dernières données en date de la Banque centrale du Nigéria, les fonds rapatriés au Nigéria ont considérablement augmenté, passant de 2,3 milliards de dollars E.-U. en 2004 à 17,9 milliards de dollars E.-U. en 2007. Cet accroissement a eu lieu malgré des commissions de transfert élevées, atteignant en moyenne 10 % du montant transféré. En 2007, les rapatriements de fonds représentaient 6,7 % du produit intérieur brut.

En ce qui concerne les flux de rapatriements de fonds formels, les Etats- Unis sont le plus important pays d’envoi de fonds, suivis par le Royaume-Uni, l’Italie, le Canada, l’Espagne et la France. Sur le continent africain, l’Egypte, la Guinée équatoriale, le Tchad, la Jamahiriya arabe libyenne et l’Afrique du Sud sont d’importants pays d’envois de fonds vers le Nigéria, tandis que la Chine est le principal pays d’envoi de fonds en Asie.

Pour ce qui est des ressortissants nigérians vivant dans des pays d’accueil et qui souhaitent retourner dans leur lieu d’origine au Nigéria, le programme d’aide au retour volontaire de l’OIM propose diverses formes d’assistance, en particulier pour les personnes vulnérables. Cependant, ce programme d’aide ciblé sur les ressortissants nigérians à l’étranger a généralement été mené sur une petite échelle, bénéficiant à 614 Nigérians entre 2003 et 2008 (OIM, 2009b).

Contexte socioéconomique de la migration

L’immigration a largement contribué à la récente croissance économique du Nigéria. Selon des indications, l’immigration globale a augmenté plus rapidement que l’émigration, et cette évolution a coïncidé avec l’expansion économique. En moyenne, la croissance annuelle de l’économie se situait entre 5,5 % et 6,4 % entre 2004 et 2007 (CBN, 2007b; NISER, 2008). Alors que le secteur pétrolier reste le principal moteur de la croissance et un facteur d’attraction pour les travailleurs migrants, la croissance économique marginale de 2006/2007 a été attribuée à des secteurs non pétroliers, notamment aux secteurs des télécommunications (28%) et du commerce de gros et de détail (12%). Celui-ci constitue le principal secteur informel du pays, et attire traditionnellement une main-d’oeuvre peu qualifiée constituée de migrants internes et internationaux. L’augmentation du taux d’immigration montre que l’économie nigériane attire des migrants de travail de la région et d’autres pays.

Le Nigéria a besoin d’une main-d’oeuvre hautement qualifiée pour maintenir sa croissance. Bien que les données disponibles portent à croire que l’immense majorité des immigrants au Nigéria soit peu qualifiés, l’économie du pays dépend aussi des immigrants hautement qualifiés pour combler des pénuries de main-d’oeuvre, en particulier dans les professions techniques. Selon l’Office national de la main d’oeuvre (2004), le pourcentage de postes vacants est supérieur à 10 % dans les professions suivantes : médecins, agronomes, pharmaciens, vétérinaires, physiciens, statisticiens, ingénieurs en mécanique, géomètres, architectes et techniciens. Le Ministère de la santé a indiqué que sur les 39 210 médecins et 2 773 dentistes qu’il emploie, près de 8 % sont des étrangers (OIM, 2009a).

Le Nigéria a des difficultés à retenir et à produire un capital humain apte à satisfaire la demande de travailleurs hautement qualifiés sur le marché du travail. Le nombre total de personnes diplômées de l’enseignement supérieur a reculé de 90 579 en 2002/2003 à 39 509 en 2005/2006 (NUC, 2005). Cette diminution est particulièrement frappante dans les disciplines où la demande est forte comme, par exemple, les disciplines agricoles, où le nombre d’étudiants (de sexe masculin) a chuté, passant de 4 433 en 2002/2003 à 690 en 2004/2005. Ce problème est en partie imputable à l’absence d’équipements dans les universités, ainsi qu’à des ressources matérielles et humaines insuffisantes pour augmenter le nombre de diplômés. Cette évolution est encore aggravée par l’émigration d’étudiants qui sont ou pourraient être hautement qualifiés.

La pression à l’émigration devrait se poursuivre, notamment sous l’effet de facteurs démographiques. Malgré la baisse du taux de chômage officiel (de 12 % en 2005 à 9,9 % en 2008), l’offre de main-d’oeuvre reste supérieure à la demande, et cette tendance se poursuivra probablement dans un futur proche. Le Nigéria est l’un des dix pays les plus peuplés du monde, et son taux de croissance démographique est l’un des plus rapides (2,38 % en 2008) (Bibliothèque du Congrès, 2008).

Dans l’hypothèse d’une poursuite de la croissance à ce rythme, la population du Nigéria, aujourd’hui estimée à 146 millions d’habitants, aura doublé dans 25 ans. Si le marché du travail est incapable d’absorber l’excédent de main d’oeuvre résultant de la croissance démographique, le chômage devrait normalement augmenter et entraîner une hausse de l’émigration.

Cadre stratégique pour la migration

Le Nigéria est l’un des rares pays de l’Afrique de l’Ouest à avoir élaboré un projet de politique nationale en matière de migration, qui doit encore être ratifié par l’Assemblée nationale. Il s’agit d’une politique globale, qui traite des aspects suivants : la migration et le développement, la migration et les questions sociales intersectorielles, la sécurité nationale et les mouvements irréguliers, le déplacement forcé, les droits humains des migrants, la migration de main d’oeuvre organisée, la migration interne, la population nationale, les données et les statistiques migratoires, et le financement de la gestion des migrations. En outre, ce projet de politique propose de créer un organisme ou une commission pour coordonner, entre autres, les différents aspects de la gestion de la politique migratoire. En 2009, en application d’une directive présidentielle, la Commission nationale pour les réfugiés est devenue l’organisme de liaison pour les questions migratoires ; elle est responsable de la révision du projet de politique nationale et, en étroite coordination avec d’autres institutions, de sa mise en oeuvre.

Actuellement, divers ministères et organismes chargés de questions liées à la migration fonctionnent de manière indépendante, sans coordination. Cette situation peut conduire à un chevauchement d’activités et à un manque de cohérence dans la planification des politiques. En outre, les institutions s’occupant des questions migratoires n’ont pas les moyens d’agir avec efficacité. Par exemple, certains ministères, comme le Ministère du travail et de la productivité, ont créé un bureau de la migration pour améliorer la visibilité de cette question à l’intérieur de leur domaine de compétences. Cependant, ces bureaux n’ont pas la capacité de recueillir, compiler et publier les données pertinentes sur la migration.

La migration est à peine mentionnée en tant que facteur de développement dans les principaux plans de développement du Nigéria, comme la Stratégie nationale de maîtrise et de développement économiques (National Economic Empowerment and Development Strategy (NEEDS)) ou les stratégies SEEDS et LEEDS qui lui font pendant à l’échelle locale. Le projet de politique nationale en matière de migration est donc une initiative novatrice, en ce sens qu’il prend en compte les questions relevant du couple migration et développement.

Lacunes en matière de données

Pour faciliter les mises à jour du profil migratoire, il faut améliorer la fourniture en temps opportun de données sur la migration, ainsi que leur traitement et leur analyse. Un examen des sources de données disponibles pour établir le profil migratoire du Nigéria a fait apparaître que la plupart d’entre elles concernent la population et sont obsolètes. Les recensements de 1963 et 1991 et l’enquête post-censitaire de 1991, qui ont été réalisés par des institutions gouvernementales fédérales, n’examinent pas systématiquement les quatre variables types de la migration : le lieu de naissance ; la nationalité ; le lieu de résidence précédent ; et le lieu de résidence à une date préalablement fixée. La seule source de données relativement exhaustives pour le Nigéria est l’enquête post-censitaire de 1991, effectuée par la Commission nationale pour la population (NPC, 1998). Même si le Service d’immigration du Nigéria recueille une multitude de données administratives sur les entrées, les sorties et les enregistrements, l’absence de données ventilées par sexe, âge et autres caractéristiques pertinentes empêche toute analyse efficace. On ne dispose pas de données officielles sur les émigrants nigérians compilées par des ministères ou organismes nigérians. Il est possible que les ambassades recueillent des données, mais celles-ci ne sont pas accessibles au public. Autre obstacle à l’élaboration d’une base de données : la confidentialité des données sur la migration recueillies et diffusées, ou encore l’absence d’une documentation uniforme à l’échelle locale, régionale et internationale.