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Migration au Niger : Profil National 2009

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Nombre de pages : 172
Format : Softcover
ISBN: 978-92-9068-566-1
Language de Publication: French
Année de Publication: 2009

Le faible niveau de développement du Niger a engendré plus d’émigration que d’immigration, au cours des 10 dernières années. Il enregistre un taux net de migration négatif (par 1 000 habitants) de -0,6, bien qu’il soit en même temps progressivement devenu un pays de transit pour les migrants subsahariens
(DPNU, 2008).

L’émigration nigérienne

Les données relatives à l’émigration sont très limitées au Niger. Aucun ministère ou service ne collecte de manière exhaustive des données sur les Nigériens vivant à l’étranger. Lors des recensements généraux de la population effectués par le passé, aucune question relative à l’émigration n’a été posée.

Selon les estimations du Centre sur la migration, la globalisation et la pauvreté (DRC) de l’Université Sussex, publiées en 2007 et basées sur des recensements des années 1995 à 2005, il y avait 496 773 émigrants internationaux nigériens hors de leur pays, soit environ 3,5 % de la population totale. Cette proportion d’émigrants a augmenté puisqu’elle était estimée à 1,7 % de la population totale pour la période 1988-1992, soit 99 927 émigrants (REMUAO, 1997).

D’après les estimations du DRC, les principaux pays de destination des migrants nigériens sont : Burkina Faso (27,8 %), Côte-d’Ivoire (26,2 %), Nigeria(11,9 %), Guinée Conakry (10,8 %), puis Ghana (5,2 %), Togo (3,4 %) et Bénin (3 %). Parmi ces pays, les deux premiers (Burkina Faso et Côte d’Ivoire) accueillent à eux seuls plus de la moitié des émigrants nigériens. L’Afrique de l’Ouest est la principale destination avec 88,3 % d’émigrés nigériens concentrés dans 7 pays ouest africains. Au total, les pays de la CEDEAO accueillent plus de 89 % des émigrés nigériens.

La moitié des émigrés nigériens sont hautement qualifié. Cependant, selon les données disponibles en matière de fuite des cerveaux, il ne semble pas que le phénomène soit très important par rapport à d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. En 2000, 50 % des émigrants nigériens disposaient d’un niveau d’enseignement supérieur, mais cela ne représentait que 6 % de la population ayant un tel niveau d’éducation (Docquier et Marfouk, 2005). Sur la période 1995-2005, 9 % des médecins nigériens et 2 % des infirmiers ont émigrés, là où d’autres pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée Bissau ou le Sénégal voient plus de 50 % de leurs médecins émigrer (Clemens et Pettersson, 2007).

L’immigration au Niger

Bien que les données existantes soient rares et manquent de mise à jour, l’immigration internationale apparaît comme n’étant pas très importante au Niger, avec une part des immigrants internationaux dans la population totale résidente ne dépassant pas 2 % (1,8 % en 1995, 1,5 % en 2000 et 1,4 % en 2005) (DPNU, 2008). De plus, l’augmentation des stocks d’immigrants ralentit. De 3 % d’augmentation entre 1977 et 1988, le taux de croissance annuelle du stock des immigrants internationaux est tombé à 0,6 % entre 1988 et 2001.

Les immigrants internationaux proviennent pour la plupart des pays frontaliers ouest-africains du Niger : Nigeria (34 %), Mali (28 %), Burkina Faso (9 %), Benin (8 %), Côte d’Ivoire et Ghana (chacun 4 %) (DRC, 2007).

Aucune donnée n’a été publiée sur la part des immigrés internationaux dans la population active totale. On ne peut qu’effectuer des estimations par rapport aux estimations pour le reste de la population. Les résultats obtenus montrent que la part des immigrants internationaux est très faible et ne dépasse en général pas les 3 % quels que soient les groupes d’âge et le sexe (tableau 49 annexe I). Cependant, la part des immigrants dans la population active dépasse la part des immigrants dans la population totale (moins de 2 %).

Le Niger n’est pas non plus un pays d’accueil important pour les demandeurs d’asile (20 en 2008) et les réfugiés (320 en 2008), bien que le pays ait connu des afflux importants de demandeurs d’asile dans les années 1990 (plus de 27 000 en 1995), provenant principalement du Tchad (HCR, 2008).

L’effectif des immigrants (travailleurs ou non) en situation irrégulière au Niger est probablement très important, selon les informations obtenues auprès de la Direction de la surveillance du territoire. Compte tenu de l’absence d’un système de collecte et de traitement des informations fiable sur les migrations dans le pays, il n’est pas possible de connaître le nombre d’immigrants irréguliers.

Les facteurs conduisant à la migration

La longue crise économique que le pays a connu, notamment au cours des années 1980 et 1990, a certainement contribué à ralentir le rythme d’accroissement du stock des immigrants internationaux du fait de la réduction des opportunités d’emploi au Niger, et ce malgré le cadre favorable à la migration de main d’oeuvre instauré par la CEDEAO.

Toutefois, on pourrait s’attendre à une augmentation progressive des immigrants internationaux avec la reprise économique progressive et les perspectives économiques très prometteuses qui s’ouvrent au Niger : exploitation future de gisements de pétrole, d’uranium et d’or, et construction d’un grand barrage hydroélectrique sur le fleuve Niger.

Il faut souligner qu’en matière de mouvements migratoires, une des particularités du Niger, est qu’il est surtout utilisé comme pays de transit vers le Maghreb (notamment la Libye et l’Algérie) et les pays développés du Nord, par des migrants venant surtout de l’Afrique de l’Ouest. Cette migration économique de transit fait l’objet de préoccupations politiques en vue de renforcer les moyens de contrôle de ce genre de flux, normalement destinés à entrer clandestinement en Afrique du Nord.

En matière d’émigration, le prolongement de la crise économique des années 1980 et 1990, la pauvreté endémique qui touche 6 Nigériens sur 10, l’austérité géo-climatique qui caractérise le pays, les crises alimentaires récurrentes, la forte croissance démographique annuelle (plus 3 %), et la création de la CEDEAO (espace de libre circulation des personnes et des biens) sont autant de facteurs qui poussent des Nigériens à migrer vers d’autres pays en vue de chercher à améliorer leurs conditions de vie et celles de leur famille.

Cette émigration s’est intensifiée au cours des dernières années et est progressivement devenue extrarégionale en direction de l’Amérique du Nord, l’Europe et le Moyen-Orient.

Toutefois, avec la reprise économique progressive actuelle, les actions de lutte contre la pauvreté et les perspectives économiques nouvelles, l’émigration pourrait ralentir quelque peu, sans pour autant s’arrêter complètement.

Les conséquences des migrations sur la société nigérienne

Bien que les transferts de fonds des émigrants nigériens soient assez modestes, du moins pour ce qui est des montants officiellement connus, par rapport à certains pays comme le Mali, le Sénégal ou le Togo, ils constituent certainement des ressources financières importantes injectées dans l’économie
nigérienne.

L’émigration est motivée par l’amélioration des conditions de vie et semble effectivement la permettre. Ainsi, selon les résultats de l’enquête QUIBB (Questionnaire unifié des indicateurs de base du bien-être), « près de 66 % des ménages estiment que leurs conditions de vie se sont relativement améliorées au cours des cinq dernières années (c’est-à-dire entre 2000 et 2005) » grâce à différents facteurs. La migration, soit les transferts de fonds de la part de membres de la famille émigrés, est citée dans 15 % des cas. Cependant, en l’absence d’études relatives à cette thématique, il est difficile d’évaluer l’impact réel de ces fonds sur la réduction de la pauvreté et le développement du pays
en général.

Enfin, l’utilisation officielle de la migration comme un facteur de développement est en train de faire son chemin au Niger à travers le programme de transferts de connaissance des expatriés (TOKTEN, Transfer of Knowledge through Expatriate Nationals) et également de certaines politiques publiques comme la stratégie de développement rural (SDR).

Le cadre politique et les défis de la gestion des migrations

Le gouvernement du Niger a mis en place, en 2007, un comité interministériel pour élaborer une politique migratoire censée permettre de mieux gérer les flux migratoires internes et internationaux. Ce comité est dirigé par le Ministère de l’Intérieur, de la Sécurité publique et de la Décentralisation, qui est la principale institution étatique chargée des questions migratoires sur le plan juridique et sécuritaire.

La politique migratoire s’appuiera sur les textes juridiques et législatifs existants, ainsi que sur les nombreuses conventions internationales ratifiées par le Niger, dont les réglementations de la CEDEAO et de l’UEMOA.

Le gouvernement cherche également à faire de la migration un facteur de développement national et local, à travers l’implication des migrants dans les actions économiques et sociales. Le gouvernement essaie en particulier d’aborder la question de l’utilisation productive des transferts de fonds. En effet, les migrants, qui possèdent des revenus stables, effectuent des transferts d’argent vers le Niger, le plus souvent par des circuits informels. Mais les fonds transférés servent en général à la consommation des ménages et peu à l’investissement productif.

Par ailleurs, le programme TOKTEN est en préparation en vue d’amener les Nigériens de l’extérieur à appuyer leur pays, par leur savoir-faire, dans divers domaines, à travers des séjours de courte durée au Niger.

Les lacunes statistiques

Ce Profil migratoire inclut des données nationales et internationales. Les données nationales sont quelques peu lacunaires. En effet, peu d’informations sont disponibles sur l’ensemble des éléments constitutifs de la question migratoire (immigration, émigration, transferts de fonds, mouvements migratoires irréguliers, etc.). Bien que certaines données supplémentaires soient collectées aux postes-frontières par exemple, elles ne sont généralement pas exploitées ou pas publiées, notamment en raison du peu d’intérêt accordé par les autorités aux données relatives aux flux migratoires. De plus, la plupart de ces données sont saisies manuellement ce qui en complique la collecte.

En général, quelle que soit la source nationale de données, il semble nécessaire de moderniser les moyens de collecte, de renforcer les capacités techniques, matérielles et humaines de collecte, de traitement et de diffusion de ces données. Davantage de précisions et de données détaillées doivent être fournies. L’accès aux données doit également être facilité en accroissant leur publication, en créant davantage de bases de données publiques.

Il est tout particulièrement attendu que les grandes opérations de collecte de données au niveau national (recensement général de la population) incluent des questions sur l’émigration internationale, pour laquelle l’information est particulièrement insuffisante.

Number of pages : 172
Format : Softcover

Reference Number: 978-92-9068-566-1
Language of Publication: French
Year of Publication: 2009