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Migration en Mauritanie: Profil national 2009

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Nombre de pages : 121
Format : Softcover
ISBN: 978-92-9068-558-6
Language de Publication: French
Année de Publication: 2009

La Mauritanie a toujours été au centre d’activités migratoires importantes. Les statistiques récentes laissent voir qu’il s’agit d’un pays d’immigration important pour les pays voisins même s’il s’agit surtout d’une migration de transit. En effet, selon la Division de la population des Nations Unies (DPNU), le taux net de migration (pour 1 000 personnes) était positif sur les périodes 1995- 2000 (0,8) et 2000-2005 (2,1), mais les estimations pour les prochaines années indiquent une inversion de tendance : seulement 0,6 pour la période 2005-2010 et négative, -1,1, pour les années 2010-2015 (DPNU, 2008).

L’immigration en Mauritanie

Selon les données de la DPNU, en 2005, le stock des immigrants au milieu de l’année était de 66 053 personnes (réfugiés inclus) soit 2,2 % de la population totale; et selon les projections pour l’année 2010, il sera de presque cent mille immigrants (99 299 personnes) soit 2,9 % de la population totale. Le taux de croissance annuel du stock des immigrants a été articulièrementinstable pendant la dernière décennie, en partie à cause des tensions politiques avec le Sénégal, mais, pour les années 2005-2010, on enregistre une hausse estimée à 8,1 % (DPNU, 2009) qui semble indiquer une récente attraction des migrants de la sous-région à l’égard de la Mauritanie, notamment afin de réussir la traversée vers l’Europe. Toutefois, il faut garder à l’esprit que les données produites par voie d’enquête et recensement font parfois l’objet de sous-estimations résultant de la volonté de certains immigrés de se soustraire à la participation à de telles opérations.

En 2000, la grande majorité des immigrés, soit environ 84 %, provient de pays d’Afrique subsaharienne et en particulier du Sénégal (38 %) et du Mali (28 %), pays de voisinage immédiat de la Mauritanie. Avec la mise en service en 2004 de la route Nouakchott-Nouadhibou qui permet de relier le pays au Maroc, de plus en plus de Maghrébins font souvent le déplacement vers Nouakchott (Sow, 2007).

Parmi les migrants, on rencontre à la fois des personnes en transit vers l’Europe et des travailleurs migrants, occupant des emplois en Mauritanie pour des périodes de plus ou moins longue durée. Le profil des emplois occupés par les étrangers dans les trois villes de Nouakchott, Nouadhibou et Rosso montre que 87 % travaillent dans le secteur des services dont 37 % dans le travail domestique, 12 % dans le petit commerce, 11 % comme chauffeurs, 6 % dans la restauration et l’hôtellerie, 16 % dans les autres petits métiers (coiffeurs, photographes, gardiens). Le secteur du bâtiment et travaux publics (BTP) occupe lui aussi quelque 6 % des étrangers à des emplois de maçons et de manoeuvres. La grande majorité de ces emplois est exercée dans le secteur informel (EDFORE, 2007d).

De plus en plus de migrants clandestins en transit vers l’Europe, via les îles Canaries, viennent accroître la quantité de migrants irréguliers en Mauritanie. La Mauritanie est devenue une véritable plaque tournante du trafic d’immigrantsclandestins en partance pour l’Europe. En 2006, un nombre record de 11 637 migrants irréguliers ont été reconduits aux frontières (Ministère de l’Intérieur, RIM, 2008).

L’émigration mauritanienne

Selon une étude récente réalisée pour le compte de l’Organisation internationale pour les migrations (de Haas, 2008), le stock d’émigrés mauritaniens est estimé à 105 315 personnes, installées en Afrique de l’Ouest (65,6 %), en Afrique Centrale (2,4 %), en Europe (20,6 %), dans les pays arabes (0,3 %), en Amérique du Nord (2,5 %) et dans d’autres pays (8,6 %). Cette même source fait état de 17 623 migrants nés en Mauritanie et enregistrés dans les principaux pays européens de destination dont la France (8 237 personnes en 1999) et l’Espagne (8 410 personnes en 2006). Comparé à l’ensemble des migrants ouest-africains vivant dans les pays de l’OCDE, la communauté des migrants nés en Mauritanie et vivant dans ces pays ne représente que 1,4 %.

En ce qui concerne le niveau d’éducation des émigrants, selon Docquier et Marfouk en 2000, plus de la moitié des émigrants mauritaniens (63,4 %) ont un niveau d’éducation bas (jusqu’à 8 années) et seulement 21,9 % ont atteint un niveau d’enseignement supérieur. Le taux d’émigration des travailleurs hautement qualifiés est de 11,8 % (Docquier et Marfouk, 2005) et, par conséquent, la fuitedes cerveaux est assez modeste : 43 médecins (correspondent à 11,4 % du total) et 117 infirmières (6,5 % du total) formés dans le pays ont émigré (Clemens and Petterson, 2006). Selon la base de données de l’OCDE, les émigrés de Mauritanie travaillent surtout dans l’agriculture et la pêche, dans l’industrie manufacturière ou dans le commerce (de gros et détail) (OCDE, 2008).

Selon les données de l’UNESCO, 2 664 nationaux mauritaniens ont suivi des études à l’étranger ce qui correspond à un taux de mobilité vers l’étranger de 28 % (UNESCO, 2008). Les contingents d’étudiants les plus importants sont installés au Maroc, au Sénégal, en Algérie, en Tunisie et en France (Ministère del’Education nationale, RIM, 2008).

Le nombre de réfugiés mauritaniens s’est accru régulièrement entre 2000 et 2007 avec un taux de 11,2 % entre ces deux années, soit une moyenne annuelle de 1,6 % (HCR, 2008). En 2008, l’effectif total fourni par le HCR est de 45 601 réfugies soit une augmentation de 37,8 % (12 512 réfugiés de plus en une année) (HCR, 2009), liée à la révélation d’un certain nombre de réfugiés au Sénégal et au Mali qui n’étaient pas enregistrés en tant que tels et qui ont émergé suite aux récentes opérations de rapatriement de ces réfugiés vers la Mauritanie. Concernant l’implantation géographique de ces réfugiés, il convient de noter que les communautés se retrouvent principalement au Sénégal, au Mali, en France et aux Etats-Unis par ordre décroissant d’importance. Concernant les demandeurs d’asile de nationalité mauritanienne, leur flux annuel s’élève à 783 personnes en 2007 après avoir atteint 4 651 en 2002 (HCR, 2008).

Les facteurs conduisant à la migration

L’existence d’opportunités d’emploi réelles ainsi que d’une main-d’oeuvre locale peu qualifiée ont souvent attiré les étrangers, venant en particulier des pays voisins et servant à combler un déficit chronique de main-d’oeuvre locale. L’économie mauritanienne a besoin d’un nombre grandissant d’artisans, d’ouvriers, de techniciens, de techniciens supérieurs et autres qualifications techniques et professionnelles, dans des domaines aussi variés que le bâtiment et les travaux publics (BTP), le tourisme, l’industrie de petite et moyennetransformation, la pêche artisanale, l’économie agro-pastorale. Même pour des emplois à faible qualification, comme dans le BTP - environ 15 % de la main-d’oeuvre du secteur formel - le pays a souvent recouru à la main-d’oeuvre étrangère, malgré un fort taux de chômage (MEIFP, 2008).

L’entrée d’étrangers en Mauritanie est aussi encouragée par des facteurs à caractère politique, juridique et social, tels que : la facilité d’accès au territoire, le caractère non contraignant du cadre légal, l’acceptation observée en général par la population vis-à-vis des étrangers, la stabilité et la paix que connaît le pays contrairement à d’autres états déchirés par des conflits et violences internes. Bien que la Mauritanie ne soit plus membre de la CEDEAO depuis 1999, les conditions d’entrée des ressortissants des pays membres de cette communauté sont demeurées inchangées à la faveur d’accords bilatéraux avec les principaux pays voisins.

Un autre facteur important d’attraction des migrants vers la Mauritanie est sa position de proximité géographique avec l’Europe. En effet, avec le renforcement de la surveillance des frontières méridionales de l’Europe avec les pays maghrébins, des flux de migrants clandestins tentent de plus en plus d’atteindre cette dernière en transitant par le territoire et les côtes de la Mauritanie, notamment en direction des îles Canaries (Espagne). Cette situation a été accentuée par la mise en service de la route reliant Nouakchott et Nouadhibou qui facilite la liaison entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb.

Quant à l’émigration des mauritaniens, elle tient à différents facteurs liés, d’une part, à des liens culturels et religieux réciproques avec les pays du voisinage ainsi que les pays arabes et, d’autre part, des facteurs liés aux marchés du travail en Mauritanie et dans les pays destinataires. Le marché de l’emploi est sous la pression des demandeurs sans niveau d’instruction. Du fait de la faiblesse des opportunités offertes par l’économie nationale, même au niveau du secteur informel proche de la saturation, on assiste de plus en plus à un phénomène migratoire vers l’étranger de jeunes gens, souvent faiblement qualifiés. A noter aussi des opportunités de migrations circulaires liées à des offres d’emplois selon des modalités de contrats à durée déterminée mais avec des effectifs réduits, notamment dans certains pays du Golfe et récemment en Espagne.

Les conséquences des migrations sur la société mauritanienne

L’immigration a permis de compenser un déficit avéré de main-d’oeuvre qualifiée, notamment dans les secteurs de la pêche, de la construction, des services et, récemment, dans le secteur de l’enseignement privé. C’est là un effet positif qui a permis au pays de dépasser cette contrainte au développement des infrastructures et de la production au cours des décennies suivant l’indépendance du pays. De plus, suite à l’intensification récente des flux d’investissement direct étranger, en particulier dans les industries extractives, la présence de compétences drainées par les entreprises opérant dans ces domaines acertainement permis à l’économie mauritanienne de se doter d’une nouvelle force de travail qualifiée dans des secteurs prometteurs.

Les remises de fonds des émigrants mauritaniens jouent un rôle important en particulier sur le niveau de vie des familles restées sur place, notamment à travers les revenus distribués, les logements construits et d’autres actions d’investissement et génératrices de revenus (Ba, 2006). Cependant, il est évident que la fuite des cerveaux mauritaniens à la recherche d’opportunités meilleures handicape le développement de certains secteurs de l’économie mauritanienne.

Le cadre politique et les défis de la gestion des migrations

Suite à la large médiatisation des tentatives de traversée de l’Atlantique à partir des côtes mauritaniennes, un premier plan de gestion de ces migrations a rapidement été préparé par le gouvernement mauritanien et est resté centré sur la protection des frontières. De même, ont été mis en place un Comité interministériel et un Groupe d’étude sur la gestion des flux migratoires (GEFM). Une coopération a été mise en place au niveau bilatéral et multilatéral entre la Mauritanie et l’Europe.

En matière de gestion de la main d’oeuvre étrangère, le Ministère de l’Emploi a élaboré une stratégie de gestion de la main-d’oeuvre étrangère, assorti d’un plan d’action de mise en oeuvre, dont les orientations prévoient un double ancrage au niveau de la politique nationale de l’emploi, d’une part, et au niveau de la politique de gestion de l’accès, du séjour et de l’installation des étrangers en Mauritanie, d’autre part. Son objectif général est d’assurer une gestion de la main-d’oeuvre étrangère de façon à apporter une meilleure contribution audéveloppement économique et social du pays.

Quant au dispositif légal existant, il apparaît qu’il ne permet pas de gérer convenablement les questions migratoires émergentes et de prendre en compte l’ensemble des instruments internationaux ratifiés par la Mauritanie. Par conséquent, le gouvernement mauritanien a préparé un projet de loi qui devrait être voté prochainement, pour résoudre les carences existantes.

En matière de coordination de l’action gouvernementale dans les domaines liés à la migration, la commission consultative sur l’asile joue un rôle important.Des travaux sont actuellement en cours pour appuyer le gouvernement dans l’élaboration de documents de politique en matière d’asile, de migration et de droits des migrants. Cependant, à l’étude du cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP), il apparaît que la dimension migration n’est pratiquement pas prise en compte dans la planification du développement du pays.

Les lacunes statistiques

Les données disponibles en matière migratoire sont lacunaires en raison d’un déficit d’enregistrement et de diffusion des données de source administrative existantes, de l’irrégularité et de la subjectivité des données collectées par voie d’enquête et de recensement.

Cependant, le système statistique mauritanien a été marqué ces dernières années par la réalisation de réformes légales, institutionnelles et techniques menées dans le cadre plus global de la mise en oeuvre du Schéma directeur de la statistique 2000-2005. Ces réformes visaient à rendre plus opérationnels et efficaces les mécanismes de coordination statistique, à la fois institutionnelle et technique, par la mise à niveau de la réglementation et des institutions. Acet effet, une nouvelle loi statistique a été adoptée et un Conseil national de la statistique mis en place, dont émanent des commissions sur la déontologie, la qualité et les enquêtes.

 

Reference Number: 978-92-9068-558-6
Language of Publication: French
Year of Publication: 2009

Number of pages : 121
Format : Softcover