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Migration au Mali: Profil National 2009

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Nombre de pages : 136
Format : Softcover
ISBN: 978-92-9068-568-5
Language de Publication: French
Année de Publication: 2009

Le Mali est principalement un pays d’émigration, bien que l’immigration de transit, encore faiblement appréhendée à ce jour, constitue également un élément important du profil migratoire malien. Le taux net de migration (pour 1 000 personnes) était de -5,7 sur la période 1995-2000 et de -2,4 sur la période 2000-2005 (Division de la population des Nations Unies (DPNU), 2008). L’immigration joue un rôle secondaire puisque en 2007, 98,5 % de la population vivant au Mali était de nationalité malienne. Parmi les 1,5 % d’étrangers, 1,2 % étaient des ressortissants de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) (ANPE/DOEF, 2007).

L’immigration au Mali

Le Mali n’accueille pas un nombre très important d’immigrés. Ils ne représentaient que 1,6 % de la population en 2000, avec un stock d’immigrants de 163 994 personnes, et 1,4 % en 2005, avec un stock de 165 448. Le taux de croissance annuel du stock d’immigrants sur la période 2000-2005 était de 0,2 %
(DPNU, 2009).

Selon le Centre sur la migration, la globalisation et la pauvreté (DRC) de l’Université de Sussex, les migrants proviennent principalement du Burkina Faso (23 %), du Ghana (13 %), de Guinée (10 %), du Bénin (9 %) et du Niger (8 %) (DRC,2007).

Entre 2003 et 2007, le stock de réfugiés est resté relativement stable,passant de 10 009 à 9 578. Le nombre de demandeurs d’asile a quant à lui doublé, passant de 715 en 2003 à 1 916 en 2008 (Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), 2009). Il s’agit principalement de personnes
en provenance de Mauritanie, de Côte d’Ivoire, du Liberia et de Sierra Leone (Commission nationale chargée des réfugiés (CNCR), 2008).

Les statistiques disponibles permettent difficilement de donner une indication précise quant au nombre et aux caractéristiques des étrangers en situation irrégulière au Mali. Le pays a une politique d’immigration très peu restrictive probablement liée aux traditions d’hospitalité et à la culture de la
mobilité profondément ancrées au Mali ainsi qu’à l’engagement politique concret et continu du pays en faveur de l’intégration régionale.

Le Mali semble également être devenu une étape importante dans les trajectoires menant les migrants irréguliers vers l’Europe, en raison de sa position 16 Migration au Mali : Profil National 2009 charnière entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb. De plus, le Mali a établi des accords bilatéraux d’établissement et de circulation avec des pays d’Afrique centrale et du Maghreb, rendant encore plus attractif un passage par le Mali, car ces accords facilitent la poursuite de la migration vers le Nord (Daniel, 2009).

L’émigration malienne

Selon le recensement administratif à caractère électoral (RACE) de 2001, le nombre de Maliens de l’extérieur était de 920 388. Cependant, ce chiffre ne tient compte que des personnes de plus de 18 ans qui se sont inscrites auprès des représentations diplomatiques.

Sur la base des données des recensements pour la période 1995-2005, on estime que 1 578 695 Maliens vivaient à l’extérieur du pays. 32 % d’entre eux se trouvaient en Côte d’Ivoire, 28 % au Burkina Faso, 10 % en Guinée, 6 % au Nigeria et 5 % au Ghana (DRC, 2007).

Fin 2008, on dénombrait 1 758 réfugiés et 750 demandeurs d’asile maliens (HCR, 2009). En 2007, les pays ayant enregistré le plus de demande d’asile de Maliens étaient la France (42 %), les Etats-Unis (22 %), l’Italie (19 %), l’Afrique du Sud (6 %) et Malte (3 %) (HCR, 2008).

En 2008, les Maliens présents dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) travaillaient principalement dans l’industrie, la construction, l’agriculture et la pêche (OCDE,2008). Il s’agit principalement de personnes ayant un faible niveau d’éducation. Le Mali connaît tout de même une fuite des cerveaux, étant donné que, sur la période 1995-2005, 15 % des diplômés maliens de l’enseignement supérieur ont émigré (Docquier et Marfouk, 2005) ; il en est de même pour 23 % des médecins et 15 % des infirmières, partis vers 9 pays développés, principalement la France
(Clemens et Pettersson, 2007).

Facteurs conduisant à la migration

Au Mali, les motifs de départ déterminants seraient la pauvreté, de plus en plus importante, notamment en raison de la croissance démographique,l’augmentation du chômage et les conditions climatiques difficiles.

Le milieu rural constitue le principal pourvoyeur de migrants au Mali. Selon les données de l’Enquête malienne sur les migrations et l’urbanisation de 1992-1993, près de la moitié des flux migratoires proviennent du milieu rural (454 500), et 62 % de ces flux sont dirigés vers l’étranger.

Les facteurs géo-climatiques ont également contribué à amplifier les mouvements migratoires dans le pays. Différents d’une région à l’autre, ces facteurs sont notamment : la présence d’un écosystème fragile, les déficits hydriques et l’irrégularité des pluies et la pression sur les ressources naturelles
dans des contextes de densité de population élevée.

A contrario, la stabilité politique, l’ouverture du régime et le dynamisme de certains secteurs de l’économie que connaît actuellement le pays militent plutôt en faveur de mouvements migratoires vers le Mali.

Les conséquences des migrations sur la société malienne

Les conséquences des migrations sont variables selon les régions du pays.
Par exemple, selon Mirabet et Gendreau, malgré l’importance des transferts de fonds dans la région de Kayes par rapport aux autres régions du pays, ces retours d’argent ne contribueraient pas à améliorer les conditions de vie des ménages bénéficiaires et à stimuler l’activité économique de la zone de départ ; le niveau de développement humain de la région de Kayes se situe à un niveau proche ou
en deçà de la moyenne nationale (Mirabet et Gendreau, 2007).

Cependant, ces dernières années, en raison d’une meilleure structuration des associations de migrants et de l’émergence de nouveaux acteurs, la part des transferts destinés aux investissements sociaux et productifs s’accroît. Ainsi, dans certaines localités, l’apport des migrants a permis, au-delà de l’appui alimentaire, de réaliser des infrastructures religieuses, sociales et productives (Fonds de solidarité prioritaire (FSP) Codéveloppement Mali, 2006). Toutefois, il est encore nécessaire de distinguer les fonds envoyés individuellement, essentiellement orientés vers la consommation des bénéficiaires, des fonds envoyés par des associations communautaires, orientés vers la réalisation d’infrastructures.

Afin de valoriser l’expérience des migrants qualifiés par des actions de renforcement des capacités du milieu de départ, des programmes sont mis en oeuvre au Mali, tels que le programme Codéveloppement avec la France et le programme TOKTEN avec le PNUD. Ainsi, le programme TOKTEN (Transfer Of Knowledge Through Expatriate Nationals, en français Transfert de connaissances
par l’intermédiaire des nationaux expatriés), mis en oeuvre au Mali depuis 1998, a permis de constituer un répertoire de 282 cadres maliens expatriés se portant volontaires pour participer au programme et la réalisation de 429 missions d’enseignement au 21 décembre 2007. Ces missions effectuées par près de 150 nationaux expatriés prennent la forme de cours magistraux, de conférences scientifiques, d’encadrement de thèses et de formation continue. Les évaluations récentes de ces deux politiques/programmes migratoires attestent qu’ils ont atteint des résultats probants et contribuent au renforcement des bénéfices de la migration pour le développement du Mali (CARIM, 2008).

Cadre politique et défis de la gestion des migrations

Le cadre politique malien et les actions entreprises pour la gestion des migrations au Mali s’orientent principalement vers des actions relatives à l’émigration, tendance migratoire majeure dans ce pays, mais sont aussi intégrés dans le cadre national relatif au développement.

En matière de gestion directe de la question migratoire, l’une des mesures majeures est l’élaboration d’un document-cadre de politique nationale en matière de migration. En 2005, suite à l’adoption de la Politique nationale de population par le gouvernement, les premiers éléments d’une stratégie de gestion de l’émigration ont été posés. En 2006-2007, pour faire face au phénomène migratoire, le gouvernement du Mali a initié, par le biais du Ministère des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration africaine, l’élaboration d’un avant-projet de document-cadre de politique nationale relative à la migration. Bien
qu’il soit en cours d’élaboration, ce document-cadre semble devenir le principal document de référence sur la voie à suivre dans les différents domaines d’intervention relatifs à la migration. Ce document traite trois axes majeurs de la réglementation migratoire : la réglementation du départ, la sécurisation du
séjour et la réinsertion économique au retour.

Concernant l’intégration de la problématique migratoire dans le cadre stratégique national relatif au développement, on peut citer, entre autres initiatives, le Fonds de solidarité prioritaire de Codéveloppement avec la France. Conçu et élaboré par le Comité franco-malien sur les migrations en 2000, il vise notamment à appuyer les dynamiques associatives, faciliter la mobilisation des transferts des fonds des migrants au profit de l’économie nationale et renforcer les liens entre les jeunes issus de l’immigration et leurs pays d’origine.

On peut également citer le Centre d’information et de gestion de la migration (CIGEM), créé en 2008. Il s’agit d’un service public dédié à l’amélioration de la connaissance des phénomènes migratoires, en mettant un accent particulier sur le lien entre migration et développement. Structure pilote, le CIGEM pourrait être répliqué dans d’autres pays de la CEDEAO.

L’organe principal en charge de la gestion de la migration au Mali est le Ministère des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration africaine. Le CIGEM et la Délégation générale des Maliens de l’extérieur sont les deux organes opérationnels de ce Ministère.

Lacunes statistiques

Malgré l’attention qui y est portée par les autorités du pays, les phénomènes migratoires ne sont pas suffisamment appréhendés. Le dernier Recensement général de la population du Mali (RGPH, 1998) et la seule enquête spécialisée (EMMU, 1992-93) datent de plus de dix ans et ne peuvent donc pas
refléter les tendances actuelles.

Des lacunes en matière de gestion des données existent au niveau de toutes les structures nationales. Quelques rares administrations ont pu mettre en place des sites Internet qui compilent les documents publiés ou les articles de presse ; seule la Direction nationale de la police des frontières dispose d’une
base de données sur la délivrance de visas (les données relatives aux retours forcés ou volontaires de migrants ne sont pas informatisés).

Les données administratives ne sont pas assez fiables : seules les entrées et sorties par voie aérienne sont régulièrement enregistrées, les autres postes frontières n’étant pas encore opérationnels pour assurer une telle mission ; les données consulaires sont également caractérisées par un manque de fiabilité évident, lié au fait que les immigrants et émigrants ne se font pas nécessairement enregistrer au niveau de leurs consulats.

L’amélioration des données sur la migration doit passer par la conception et la réalisation d’un système d’information cohérent, impliquant l’ensemble des parties prenantes et en cohérence avec les orientations du schéma statistique national.

Number of pages : 136
Format : Softcover 

 Reference Number: 978-92-9068-568-5
Language of Publication: French
Year of Publication: 2009