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Migration au Ghana:  Profile national 2009 

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Nombre de pages : 115
Format : Softcover
ISBN: 978-92-9068-557-9
Language de Publication: English
Année de Publication: 2009

La migration ghanéenne est devenue de plus en plus extrarégionale, depuis le déclin, dans les années 1980, du Nigéria comme destination majeure pour les émigrants ghanéens. Bien que la majorité des migrants ghanéens (66,4 %) demeurent au sein de l’Afrique de l’Ouest, une proportion croissante migre dans divers pays en dehors de la région (DRC, 2007). Selon les estimations du ministère des affaires étrangères 2008, les migrants ghanéens se trouvent dans plus de 33 pays. Après les pays d’Afrique de l’Ouest, les principaux pays de destination des migrants ghanéens sont les Etats-Unis (7,3 %) et le Royaume Uni (5,9 %). Les estimations de la population émigrante ghanéenne vont de 1,5 million (Twum Baah, 2005) à 3 millions (Black et al., 2003).

Depuis les années 1990, la migration qualifiée, spécialement en direction des pays développés du nord, s’est accélérée. Le Ghana a le plus haut taux d’émigration de personnes hautement qualifiées (46 %) en Afrique de l’Ouest (OCDE, 2005 ; Docquier et Marfouk, 2005). Les professions médicales sont particulièrement touchées par l’émigration. On estime que plus de 56 % des médecins et 24 % des infirmiers formés au Ghana travaillent à l’étranger (Clemens et Pettersson, 2006). Le niveau général de qualification des migrants ghanéens est relativement haut. Selon certaines estimations, 33,8 % des émigrants ghanéens vivant dans des pays de l’OCDE sont moyennement qualifiés et 27,6 % sont hautement qualifiés (EU, 2006). Seuls 3 % des émigrants ghanéens n’ont pas de qualification.

De nombreux ghanéens se forment dans des universités étrangères. Les derniers chiffres disponibles indiquent que plus de 8 % des étudiants ghanéens ont étudié à l’étranger en 2006. Bien qu’illustrant une diminution par rapport à 2004, où 11,8 % des étudiants ghanéens étudiaient à l’étranger, la proportion de ghanéens inscrits dans des universités étrangères est toujours substantielle (UNESCO, 2008). Le programme public d’attribution des bourses encourage de façon non-intentionnelle cette tendance en ne fournissant des aides qu’aux étudiants et personnel académique étudiant à l’étranger.

Bien que de nombreux ghanéens partent pour des destinations lointaines, beaucoup d’entre eux reviennent soit de façon temporaire soit de façon permanente au Ghana. La proportion de ghanéens parmi les personnes qui sont arrivées au Ghana de 2000 à 2007 a augmenté progressivement de 18,6 % à 34,6 %. Sur les 1 090 972 ghanéens ayant quitté le Ghana entre 2000 et 2007, seuls 153 632 ne sont pas rentrés au cours de cette période. Le département des statistiques montre que la majorité des résidents ghanéens partent pour des activités commerciales, suivis par leurs épouses et enfants (Quartey, 2006).

L’une des conséquences importantes de cette émigration croissante est l’augmentation des flux de transferts de fonds officiels. La Banque du Ghana estime que les transferts en direction du Ghana sont passés de 476 millions de dollars E. -U. à 1,5 milliard en 2005. Bien qu’arrivant à des estimations plus faibles en raison de méthodes de calcul différentes, la Banque Mondiale a également enregistrée une augmentation des flux de transferts entrant de 32 millions de dollars E. -U. à 128 millions de dollars E. -U. en 2007. Cette tendance a été touchée par la crise dans les pays développés. La Banque du Ghana signale une diminution de 7,3 % des transferts sur les quatre premiers mois de 2009 par rapport à la même période en 2008 (1,9 milliard de dollars E. -U.).

Par rapport à la migration pour raisons économiques, la migration forcée en provenance du Ghana est quasi-inexistante et a décliné ces 10 dernières années. Le nombre de demandeurs d’asile et de réfugiés ghanéens sous la protection du HCR a diminué de 15 879 en 2003 à 6 717 en 2007 (UNHCR, 2008).

Bien que l’émigration ait augmenté à un rythme plus rapide que l’immigration depuis 1990, le Ghana continue d’être un pays de destination important. Selon les estimations récentes, basées sur des recensements, la population migrante, c’est-à-dire née à l’étranger, constitue 7,6 % de la population totale du Ghana en 2005. Le taux net de migration (pour 1000 personnes) sur la période 2000-2005 était positif de 0,1 par rapport au -0,6 enregistré sur les cinq années précédentes (UNDP, 2008).

L’immigration au Ghana

La majorité des immigrants au Ghana viennent d’Afrique. En 2000, 58,9 % des résidents étrangers au Ghana étaient originaires des pays de la CEDEAO et 23 % venaient de pays africains hors CEDEAO. Selon les statistiques aux frontières des services ghanéens de l’immigration, les européens constituaient la part la plus importante des arrivées non-africaines (15,3 %) suivis des nordaméricains (9,7 %) de 2000 à 2007 (GIS, 2008).

Les étudiants constituent une part significative des immigrants au Ghana. En 2007, 8,5 % des permis de résidence ont été attribués aux étudiants. Les étudiants représentent une large proportion des détenteurs de permis des pays de la CEDEAO, près de 25 %. Le taux d’étudiants étrangers à l’université du Ghana a monté progressivement de 1,5 % en 2001-2002 à 3,8 % en 2006-2007.

Alors que la population immigrante générale est restée relativement stable ces vingt dernières années, le nombre de demandeurs d’asile et de réfugiés a augmenté de façon spectaculaire, de 11 721 en 2001 à 34 950 en 2007. En 2007, le Ghana a accueilli le plus grand nombre de réfugiés dans la sous-région ouest africaine. Représentant 77,3 % du total des réfugiés au Ghana, les libériens comptent pour la plus grande partie de l’augmentation du nombre de réfugiés au Ghana. Selon le HCR (2008), 40 % des réfugiés du Liberia et du Togo étaient mineurs (personnes de moins de 18 ans). En 2008, le Ghana a reçu moins de demandeurs d’asile et de réfugiés (18 206), mais le pays reste l’hôte de la quatrième plus grande population de demandeurs d’asile et de réfugiés dans la région.

Le contexte socio-économique de la migration

Etant donné qu’un nombre plus important de jeunes gens entrent sur le marché du travail ghanéen qu’auparavant, la pression pour migrer peut s’accroître à moins que les opportunités d’emploi pour les jeunes entrant sur le marché du travail ne s’améliorent. On s’attend à ce que la force de travail du Ghana augmente plus vite que la population au cours des dix années à venir. Alors que le taux de croissance annuel de la population du Ghana – l’un des plus bas de la sous-région – est censé rester à 2,2 %, on estime que sa force de travail augmenterait tous les ans de 2,9 % les 15 prochaines années (GSS, 2005b). Bien que l’économie ait augmenté progressivement ces dernières années, de 5,2 % en 2003 à 6,3 % en 2007, les secteurs à forte intensité de main d’oeuvre tels que l’industrie manufacturière ont crû beaucoup plus lentement et ne sont donc pas capable d’absorber la force de travail croissante. Selon les données du recensement de 2000, le chômage touche tout particulièrement les jeunes et ceux n’ayant pas de formation scolaire (49 %).

La force de travail nationale au Ghana non seulement augmente mais devient également de plus en plus qualifiée. Le taux net de scolarisation primaire est passé de 86,4 % en 2003-2004 à 90,8 % en 2006-2007, ce qui indique que plus de jeunes (de moins de 14 ans) reste à l’école plutôt que de chercher un emploi. De plus en plus de travailleurs sont également engagés dans des programmes d’étude de 2ème ou 3ème cycles, particulièrement dans des universités privées. Le taux brut de scolarisation dans l’enseignement supérieur a augmenté, passant de 3 % en 2004 à 5 % en 2005 (UNESCO, 2007). Au regard de ces tendances, l’émigration qualifiée va probablement rester une importante préoccupation politique, à moins que les conditions de travail et les opportunités d’emploi pour les personnes hautement qualifiées s’améliorent.

Le manque de perspectives de carrière et les mauvaises conditions de travail semblent être des motivations importantes pour les personnes hautement qualifiées dans leur choix de migrer, notamment pour les professions médicales. Une étude sur les intentions migratoires des travailleurs de la santé, par exemple, a montré que les opportunités de disposer de formations complémentaires figurent de façon importante dans les raisons de la migration (Agyei et Quartey, 2008). Bien que des données fiables sur son impact actuel manquent encore, l’émigration hautement qualifiée risque d’exacerber la pénurie de main d’oeuvre déjà existante dans des secteurs critiques tels que la santé ou l’éducation. Plus de 60 % des postes dans les écoles polytechniques et 40 % de ceux dans les universités publiques sont vacants. En 2000, on estimait que seulement 49 % de la main d’oeuvre nécessaire dans le secteur de la santé était disponible et la situation n’est pas prête de changer dans les années à venir (Nyonator et al., 2004). Les hôpitaux et autres institutions à personnel hautement qualifié luttent pour retenir leur personnel, en partie en raison de l’émigration.

Le cadre politique de la gestion des migrations

Bien que le Ghana ne dispose pas d’une politique migratoire explicite, il a introduit plusieurs initiatives traitant de sujets spécifiques relatifs à la migration. Par exemple, le document stratégique relatif à la croissance et à la réduction de la pauvreté II (GPRS II – Growth and Poverty Reduction Strategy Paper II) identifie la diaspora ghanéenne comme une potentielle source de financement. Les missions du Ghana à l’étranger ont été chargées de concevoir des stratégies pour mobiliser la diaspora ghanéenne et leurs ressources pour le développement national. Des mesures concrètes ont également été introduites pour faciliter le retour de la diaspora, telles que « Representation of Peoples Amendement Law » et des dispositions relatives à la double nationalité, qui permettent aux ghanéens vivant à l’étranger de disposer de la double nationalité et de voter aux élections générales au Ghana.

Néanmoins, ces initiatives sont rarement coordonnées ; elles sont financées par divers donateurs et mises en oeuvre par différents ministères. Il en résulte des chevauchements et des incohérences dans l’approche gouvernementale en matière migratoire. La création récente d’un comité de pilotage interministériel pour la migration, appelée Migration Unit (MU), sous la direction du ministère de l’Intérieur est un pas important vers le traitement de cette question.

Une tâche importante de l’équipe du MU est de formulée une politique migratoire nationale détaillée afin de simplifier le cadre légal actuellement fragmenté qui régit la migration. Une politique migratoire nationale à part entière faciliterait les efforts à venir pour intégrer la migration dans les plans de développement.

L’équipe du MU sera soutenue par des comités techniques sur la migration et le développement économique ; le travail et la migration irrégulière ; politique, information et recherche en matière migratoire. La préparation et la mise à jour des profils migratoires seraient de la responsabilité du dernier comité technique. Par la mise à jour régulière des profils migratoires, un organe interministériel tel que le MU peut encourager un plus grand partage sur la migration au sein du gouvernement.

Les lacunes statistiques

Afin de faciliter la mise à jour du profil migratoire, la fréquence, le traitement et l’analyse des données ont besoin d’être améliorés. La plupart des données migratoires sont issues de recensements qui ont lieu généralement tous les 10 ans, les données sont donc souvent périmées. Bien que les services ghanéens de l’immigration collectent un grand nombre de données administratives sur les entrées, les départs, les enregistrements, le manque de données désagrégées par sexe, âge et autres caractéristiques pertinentes rend une analyse poussée difficile. Le gouvernement n’a également pas de données précises sur les ghanéens à l’étranger et sur la migration irrégulière. Les données issues d’enquêtes auprès des ménages sont des sources intéressantes d’informations relatives à la migration mais elles sont généralement sous-utilisées. Par exemple, en Afrique de l’ouest, l’enquête ghanéenne « 2005 Living Standard Measurement Survey » est considérée comme l’un des meilleurs exemples d’enquêtes générales auprès des ménages qui traite des questions relatives à la migration et aux transferts (IOM, 2008a). Cependant, l’enquête est toujours en attente d’une analyse complète. Les futurs profils migratoires devraient permettre une meilleure utilisation des données fournies par les enquêtes nationales auprès des ménages.