OIM Cote IvoireCote d'Ivoire

Migration en Côte d’Ivoire: Profil national 2009

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Nombre de pages : 121
Format : Softcover
ISBN: 978-92-9068-559-3
Language de Publication: French
Année de Publication: 2009

Depuis son indépendance, la Côte d’Ivoire est un des principaux pays d’immigration d’Afrique de l’Ouest mais la crise politique de 2002 a engendré un ralentissement de l’immigration et un accroissement de l’émigration.

En effet, selon la Division de la population des Nations Unies (DPNU), le taux net de migration (pour 1 000 personnes) était toujours positif depuis les années 50 (entre 5 et 12 malgré une baisse à 2,2 de 1995 à 2000) jusqu’à la période 2000-2005 (-3,7). Estimés négatifs pour la période 2005-2010 (-1,4),
les projections pour les années à venir prévoient des soldes pratiquement nuls (entre 0,1 et 0,2) (DPNU, 2008).

L’immigration en Côte d’Ivoire

Selon les données de la DPNU, en 2005, le nombre total d’immigrants en Côte d’Ivoire était de 2 231 277, soit 12,3 % de la population totale (les projections pour l’année 2010 prévoient 2 406 713 immigrants soit 11,2 % de la population totale). Depuis l’indépendance du pays, le taux de croissance annuelle du stock des immigrants varie entre 1,8 % et 4,4 %, mais, en raison de la crise politicomilitaire,
il a baissé à 0,3 % pour la période 2000-2005 (même valeur projetée pour la période 2005-2010) (DPNU, 2009).

Le ralentissement du rythme de croissance de l’immigration s’explique par le fait que depuis la crise ivoirienne de 2002, suite à une tentative de coup d’Etat en septembre 2002, de nombreux retours volontaires des étrangers résidants en Côte d’Ivoire ont eu lieu, soit à l’initiative des migrants eux-mêmes, soit à l’initiative des Etats d’origine de ces migrants. Entre mai et juillet 2003, 7 500
rapatriements volontaires ont été organisés par l’OIM bénéficiant surtout aux Burkinabè (80 % du totale de rapatriements), Maliens, Guinéens et Sénégalais (OIM, 2003). Certains de ces ressortissants (Burkinabè, Maliens) seraient revenus en Côte d’Ivoire sans que l’on puisse en estimer le nombre. De plus, on dénombre près de 8 000 départs de Français (binationaux y compris) de la Côte d’Ivoire après les événements de novembre 2004 (reprise des hostilités suite au refus du processus de désarmement, démobilisation réintégration) selon les données consulaires retracées par Merabet (2006).

Le taux brut d’activité élevé chez les immigrants (presque 60 %) semble indiquer que ’immigration en Côte d’Ivoire est surtout une immigration de travail (INS, 2002d). Selon l’agence pour la promotion de l’emploi (AGEPE), seulement 4 833 visas de travail ont été délivrés, dont 4 564 aux hommes et 269 aux femmes, sur la période 2000-2006 (AGEPE, 2006). Ces chiffres confirment l’impression que la majorité des migrants travaille dans le secteur informel pour lequel aucune déclaration auprès de l’AGEPE n’est effectuée. Ces migrants internationaux et leurs descendants (majeurs) nés en Côte d’Ivoire exercent principalement dans l’agriculture, le commerce et les services non sociaux. En 1998, l’agriculture occupait plus de la moitié des communautés étrangères les plus nombreuses (INS, 2002d).

Les regroupements familiaux sont également l’une des raisons importantes pour l’immigration en Côte d’Ivoire puisqu’ils concernent environ 24 % des immigrés présents sur le territoire ivoirien (INS, 2006).

L’insécurité liée à la crise politico-militaire semble avoir stimulé les transferts émis à partir de la Côte d’Ivoire qui sont passés de 380 millions de dollars E.-U. en 2001 (2,41 % du PIB) à 628 millions de dollars E.-U. en 2003 (3,93 % du PIB). Une nouvelle hausse jusqu’à 660 millions de dollars E.-U. a été enregistrée en 2006 (Banque mondiale, 2009).

L’émigration ivoirienne

L’estimation du Centre sur la migration, la globalisation et la pauvreté (DRC) de l’Université Sussex (basée sur des données de recensements pour la période 1995-2005) indique un stock d’émigrants ivoiriens de 176 692 personnes réparties ainsi selon les pays de destination : 26 % France, 20 % Burkina Faso,7 % Benin, 6 % Allemagne, 5 % Guinée, 5 % Ghana, 5 % Italie et 4 % Etats-Unis (DRC, 2007).

Les émigrés ivoiriens sont principalement des émigrés permanents, car plus de 40 000 d’entre eux (soit plus de 65 %) ont une durée de résidence supérieure à 5 ans (OCDE, 2008).

Les principaux secteurs d’emploi des émigrés ivoiriens dans les pays de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) sont : le secteur de la manufacture (26 %), de la distribution (13 %), des activités de services au profit des communautés (11 %) et de la santé (9 %) (OCDE, 2008).
Selon Docquier et Marfouk en 2000, le taux d’émigration des travailleurs hautement qualifiés était de 5,7 %. Sur le nombre total des émigrants ivoiriens presque la moitié (47,6 %) a un niveau d’éducation bas (jusqu’à 8 années), alors qu’un tiers des émigrants (30,7 %) a atteint le niveau de l’enseignement
supérieur (Docquier et Marfouk, 2005).

Malgré la faiblesse relative de l’émigration ivoirienne (moins de 1 % de la population active), la Côte d’Ivoire est également victime de la fuite des cerveaux au nombre desquels l’émigration du personnel du secteur médical : selon les estimations effectuées par Clemens et Petterson basées sur les recensements de la période 1995-2005, 284 médecins ont émigrés à l’étranger, ce qui correspond
à un taux d’émigration de 14 % des médecins ivoiriens (légèrement en dessous de la moyenne africaine qui s’établissait à 19 %) (Clemens et Petterson, 2007).

L’émigration de longue durée des ivoiriens vers l’Europe est récente. Ainsi les réseaux sociaux structurés permettant l’accueil des migrants sont peu développés. Cette absence de réseaux pourrait expliquer le fait que l’émigration clandestine soit encore un phénomène marginal. Les personnes travaillant dans l’irrégularité se retrouvent le plus souvent dans les secteurs ne nécessitant pas un haut niveau de qualification. Ces secteurs ne seront guère différents de ceux que la main d’oeuvre ivoirienne non qualifiée occupent légalement à l’étranger. Ce sont entre autres : les activités de distribution (vendeurs dans les centres commerciaux), d’hôtellerie et de restauration, de services d’aide aux personnes, de garde d’enfants, de nettoyage et d’agriculture (OCDE, 2008).

Les envois de fonds en direction de la Côte d’Ivoire sont passés de 119 à 179 millions de dollars E.-U. de 2000 à 2007 (soit 0,79 % du PIB en 2000 et 0,93 % du PIB en 2007). Les estimations pour l’année 2008 envisagent une hausse jusqu’a 215 millions de dollars E.-U. (Banque mondiale, 2009). En général, il semble que les pays les plus importants en termes d’envoi le soient aussi en termes de réception de fonds, soit la France et le Burkina Faso.

La crise en Côte d’Ivoire a occasionné de nombreux réfugiés ivoiriens dans le monde. Leur nombre était estimé à 21 941 en 2008 (HCR, 2008b) dont 65,72 % résidant dans les pays africains et 25,26 % en Europe. Par ailleurs, les demandes d’asile des ivoiriens ont augmenté jusqu’à 2003 (un pic de 10 480)
et amorcent une baisse à partir de 2004 avec le rétablissement de la paix (HCR,2008). L’Union européenne est la région la plus sollicitée par les ivoiriens pour la demande d’asile (44 %) suivie de la Communauté économique des Etats  d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) (28 %) (HCR, 2008a).

Les facteurs conduisant à la migration

Sur la période 1998-2006, les principales motivations des migrations vers la Côte d’Ivoire sont  économiques avant d’être familiales : les immigrés se déplacent prioritairement pour des raisons de travail et pour la recherche d’un emploi. En 1998, environ un migrant sur deux était motivé par la recherche de meilleures conditions de vie en Côte d’Ivoire alors que les motifs familiaux
(mariage et regroupement familial) représentaient un peu plus d’un tiers des motivations (INS 1998, INS 2002b, INS 2006).

Cependant, le poids des motivations économiques, quoique encore prédominant, baisse au cours du temps suite à l’instabilité politique de la Côte d’Ivoire et de la récession économique qui sévit dans le pays. L’instabilité que connaît la Côte d’Ivoire depuis le coup d’Etat de 1999 a contribué à engendrer
des migrations forcées à l’intérieur du pays et à renforcer les flux d’émigration des ivoiriens vers l’Europe et certains pays africains voisins.

La diaspora ivoirienne se concentre majoritairement en France à cause des liens historiques et linguistiques entre la Côte d’Ivoire et la France. Les Etats-Unis et l’Italie sont les seconds lieux de destination en raison des opportunités d’emploi qu’offrent ces deux pays. L’effet de réseau et le suivisme sont également des arguments qui justifient la constance des flux migratoires et les
regroupements de nationaux dans des pays spécifiques (Epstein, 2002 ; Konan,2008 ; Kouakou, 2008).

Le cadre politique et les défis de la gestion des migrations

La Côte d’Ivoire n’a pas de politique migratoire explicitement formulée et s’inscrivant dans un cadre global. Cependant les éléments de politique migratoire récents se retrouvent dans les différents discours des autorités du pays, des textes de lois sur l’entrée, l’identification et le séjour des étrangers en Côte d’Ivoire et également par la création de structures publiques chargées de gérer chacune pour sa part un aspect du fait migratoire. La politique migratoire ivoirienne s’inscrit également dans le cadre de la coopération régionale (CEDEAO) et internationale. En effet, la politique migratoire ivoirienne met l’accent sur la gestion régionale des questions migratoires, le cadre national étant inapproprié pour juguler tous les problèmes liés aux mouvements de personnes.

La Côte d’Ivoire doit, à ce jour, faire face à un accroissement de l’émigration en raison de la dégradation des conditions de vie des ivoiriens, sans que des mécanismes de régulation des départs, de retour ou de participation de la diaspora dans la société ivoirienne soient réellement mis en place pour stopper le phénomène, ou en tirer profit.

En matière de législation, le premier texte qui organise, depuis l’indépendance, l’entrée et le séjour des étrangers en Côte d’Ivoire est la loi n°90-437 du 29 mai 1990 qui énonce la distinction entre nationaux et étrangers et introduit la carte de séjour d’étranger. Cependant, si cette loi initie une politique migratoire officielle, sa finalité est la mobilisation des ressources destinées à financer une partie du déficit public. Les aspects liés aux contrôles, à l’identification et à la gestion des flux migratoires ainsi que la création d’un service d’immigration ont été totalement ignorés par le texte. Certains de ces manquements ont été corrigés par les textes subséquents, sans toutefois parvenir à définir une politique cohérente.

Le dispositif institutionnel ivoirien de gestion de la migration a été bâti autour de plusieurs ministères selon des attributions spécifiques. Ainsi interviennent le Ministère d’Etat, le Ministère du Plan et du Développement, le Ministère de l’Intérieur, le Ministère des Affaires étrangères, le Ministère de la Famille, de la Femme et des Affaires sociales, le Ministère de la Solidarité et des Victimes de guerre, le Ministère de la Justice et le Ministère de l’Intégration africaine. En raison de ces multiples interventions, il existe des interférences dans les domaines de compétence de certaines structures. Le Ministère de l’Intérieur via l’Office national d’identification (ONI) devrait coordonner l’action gouvernementale en matière migratoire mais, jusqu’à ce jour, cette coordination n’a pas encore pris forme, notamment à cause de la crise que traverse la Côte d’Ivoire. Il en est de même pour le Département des Ivoiriens de l’étranger (DIE) du Ministère des Affaires étrangères qui nourrit l’espoir de conduire une collecte d’information exhaustive sur les ivoiriens vivants à l’étranger.

La migration n’est pas explicitement prise en compte dans les plans de développement. La Stratégie nationale de développement basée sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) et le Document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP) n’intègrent pas spécifiquement la migration
comme axe de développement. Cependant, certains de ses aspects (cohésion sociale entre nationaux et étrangers, prise en charge des groupes vulnérables,…) apparaissent dans l’axe stratégique 1 ayant trait à la consolidation de la paix, à la sécurité des personnes et des biens et à la promotion de la bonne
gouvernance (DSRP, 2008). Il s’avère que les actions liant la migration au développement sur le territoire ivoirien sont davantage menées par des acteurs non gouvernementaux, principalement internationaux. L’importance de la migration dans le développement a principalement été traitée par une politique
d’ouverture des frontières de la Côte d’Ivoire, rendant libre l’entrée et le séjour des migrants, surtout pour ceux de la CEDEAO.

Les lacunes statistiques

Dans le but d’une meilleure compréhension des questions migratoires,des données fiables couvrant tous les aspects des migrations sont nécessaires. Cependant, ces données n’existent pas toujours et lorsqu’elles existent, elles sont soit de mauvaise qualité, soit inaccessibles, confidentielles ou ispersées donc difficilement compilables. En outre, les données ne sont pas toujours comparables d’une période à l’autre du fait que l’on n’utilise pas toujours les mêmes définitions et concepts pour la collecte.

Le recensement prévu en 2008 n’ayant pu se réaliser en raison de la crise politique que traverse la Côte d’Ivoire, les derniers chiffres disponibles au niveau des sources nationales sont ceux du Recensement général de la population et de l’habitat (RCPH) de 1998.